LES PETITES CANTINES

Par Le Valdocco 3 semaines ago

Les Petites Cantines, c’est un réseau de cantines de quartier ouvertes à tous. Les habitants et salariés d’un quartier peuvent y cuisiner et manger ensemble. Le point commun avec le Valdocco ? Une fibre particulière pour faire vibrer le lien social. A Lyon Vaise, les Petites Cantines accueillent parmi les convives, un jeudi par mois, des adolescents confiés au Valdocco par la Protection de l’Enfance. Un projet exigeant sur le plan éducatif dans lequel il s’agit d’encourager les ados à trouver et à tenir leur place. Un beau projet aussi, où il s’agit de vivre-ensemble et de bien manger !

 

Ouvrir les jeunes au sens du service, au partage et aux valeurs citoyennes, c’est une mission des éducateurs de l’accueil de jour du Valdocco Laurenfance, près de Lyon. Une tâche pas toujours simple : les adolescents confiés à Laurenfance sont généralement aux prises avec bien des difficultés personnelles et familiales qui rendent complexe l’ouverture à l’autre.

C’est en cherchant un lieu pour déjeuner que l’équipe éducative est « tombée » sur Les Petites Cantines de Lyon Vaise : une grande pièce chaleureuse où les tables de récup’ voisinent avec les grandes casseroles. Quelques échanges d’e-mails, une première visite et la conviction que « ce lieu curieux et atypique collait à ce que nous imaginions véhiculer auprès des jeunes en termes de citoyenneté, sociabilité et d’engagement », explique Coralie, éducatrice spécialisée au Valdocco Laurenfance.

De son côté Juliette, maîtresse de maison aux Petites Cantines de Lyon Vaise, se souvient : « Quand le Valdocco est venu me voir, j’ai dit « banco »… au moins pour un test !»  Juliette avait envisagé la difficulté qu’il peut y avoir à accueillir dans ce lieu des jeunes en situation de fragilité mais voulait tenter l’aventure, en référence au double engagement des Petites Cantines : l’alimentation, mais aussi la relation et le désir d’accueillir « tous ceux qui le souhaitent ».

Depuis octobre 2017, les adolescents de Laurenfance viennent un jeudi par mois aux Petites Cantines. Un temps d’accueil le matin leur permet de se dire bonjour autour d’une boisson chaude et de faire connaissance avec les autres personnes bénévoles, différentes chaque mois. « Puis, nous choisissons ensemble qui va préparer tel ou tel plat », explique Coralie. Vers la fin de la matinée, ceux qui ont fini plus vite que les autres viennent aider, à ranger ou faire la vaisselle. L’ambiance bienveillante est un moteur pour la participation de chacun.

Juliette observe une évolution : « Au début, il y avait peu de liens entre eux et avec les convives. Il y avait beaucoup de crises de colère qui se terminaient sur le trottoir.  Parce que qu’ils n’ont pas tellement l’habitude de manger ensemble, ils doivent énormément prendre sur eux ». Mais « on voit les liens se tisser… Je les ai vus lire ensemble les recettes et s’organiser pour se répartir les tâches, c’est venu avec le temps.  Avant, ils faisaient parfois tous la même chose en même temps ». Juliette note aussi leur participation à la décoration des lieux, et l’apprentissage de la cuisine qui se fait par « imprégnation ».

Beaucoup d’échanges ont lieu autour de l’alimentation. «Une bonne partie de ce que nous proposons spontanément au menu ne convient pas aux ados. Ils sont friands de pizzas ou de croque-monsieur. On leur a dit « d’accord » et on leur ouvre la possibilité de faire ces recettes avec des ingrédients qu’ils ne connaissent pas comme de la purée de courge ou de la fourme d’Ambert».

Les vertus éducatives de ce temps partagé sont nombreuses : réfléchir aux menus, agir dans des délais restreints, respecter le budget, rencontrer de nouvelles personnes, coopérer… autant d’occasions d’apprentissage et de mise en mouvement. La participation aux Petites Cantines est aussi une occasion de valorisation et d’estime de soi : les adolescents cuisinent pour d’autres et voient que leurs actions peuvent avoir un impact positif sur ceux qui les entourent. Certains convives des Petites Cantines aiment d’ailleurs particulièrement les moments où les jeunes de Laurenfance sont présents.

Parfois pourtant, les adolescents peuvent avoir des comportements qui créent de la tension. «Dernièrement, nous avons dû suspendre la participation d’un des jeunes pour ce motif, indique Christine, chef de service, alors qu’il apprécie énormément le lieu. Nous essayons de trouver les moyens qu’il puisse revenir autrement, peut-être d’abord par un accompagnement individuel où il viendrait seul avec un éducateur». « Il faut souvent reprendre les choses, faire des aménagements », confirme Juliette. « mais ce qui me frappe, en dépit des difficultés, c’est leur envie de revenir ».

Coralie ajoute : « Certains sont ici comme chez eux… et si jamais il y a une fois où on ne vient pas, ils demandent pourquoi !» « Ils sont attachés à ce lieu d’abord parce qu’on leur fait confiance et qu’ils peuvent avoir de l’autonomie », analyse Juliette.

Le 20 décembre, Léa, Paul, Manoli, Alban, Anis et Molka étaient aux fourneaux pour préparer un repas de Noël aux bénévoles de l’accueil de jour, avec l’aide de l’équipe des Petites Cantines. L’occasion de montrer leur savoir-faire, mais aussi d’inverser le rapport : « cette fois ce sont eux qui font une action en direction des bénévoles et non le contraire», souligne Coralie. Et tout le monde s’est régalé.

[Propos recueillis par l’équipe comm’ du Valdocco]

 

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