« IL NE S’AGIT PAS TANT DE VOIR, QUE D’ÊTRE VU »

Par Le Valdocco 6 mois ago

Focus sur les pratiques quotidiennes au Valdocco de l’Aller vers Entretien avec Laurent Morin

Laurent MORIN a été éducateur dans 3 établissements du Valdocco (Laurenfance, VGL et Argenteuil). Il est aujourd’hui directeur du Valdocco Grand Lyon, dans lequel il a exercé plusieurs fonctions depuis 2011. Avec un parcours nourri de l’éducation spécialisée et l’éducation populaire. Marié et père de 4 enfants, il vit son travail comme un espace d’engagement au service d’une plus grande équité pour notre jeunesse.

Au Valdocco, on parle de « l’aller vers », mais qu’est-ce que c’est ?

La démarche « d’aller vers » est une familière aux éducateurs de rue. Elle vient d’un souci d’aller à la rencontre des publics sans attendre qu’ils viennent vers nous. Il s’agit d’inverser la logique: aller à la rencontre des personnes pour réduire les inégalités et rendre le droit commun accessible.

Pourquoi aller vers ?

Deux situations, m’ont interpellé et invité à mettre en lumière, en mots, ce savoir-faire quotidien de l’équipe du Valdocco Grand Lyon (et des équipes du Valdocco plus largement). Tout d’abord, nous sommes régulièrement sollicités par des partenaires pour mobiliser des jeunes pour tel ou tel dispositif (Ecole de la deuxième chance, cité d’or, etc.). Bien que pertinents, ces dispositifs peinent à « recruter » du public. De même, un de nos financeurs, la Caf, nous interpelle souvent sur nos moyens déployés pour rejoindre le public, soucieuse d’éviter le non-recours aux droits (estimé à 40% 1).

Pourtant cette question de « trouver un public » ne se pose pas à notre équipe. Nous abordons cette question de manière totalement inversée. En effet, il ne s’agit pas de concevoir des réponses éducatives qui répondraient aux enjeux repérés statistiquement sur un territoire (taux de décrochage scolaire, nombre d’incivilité, etc.). Il s’agit plutôt d’aller à la rencontre des jeunes et des familles les plus isolés. De ces rencontres naissent progressivement des relations de confiance et d’alliance. Cette relation permet de construire une représentation des besoins éducatifs et des manières opérantes d’y répondre qui est partagé entre le public et l’équipe.

Quels sont les « outils » de l’aller vers ?

Nous avons, au Valdocco Grand Lyon, 3 outils fondamentaux :

L’animation de rue :

L’animation de rue est un outil majeur. Au cours des animations de rue, un éducateur est systématiquement présent « aux-abords ». Il s’agit d’être à l’interface avec le quartier. La dynamique créée par le rassemblement d’enfants interpelle : de nouveaux habitants regardent de loin, des mamans s’installent sur un banc à proximité, des grands frères viennent interroger ceux qu’on fait pour eux, etc. L’éducateur aux abords va donc à la rencontre de chacun, offrant une reconnaissance, un espace de dialogue et une oreille attentive.

Cette proposition d’activité sur l’espace public a pour finalité de proposer un temps d’activité collectives et éducatives aux enfants d’un territoire, mais il sert particulièrement à rejoindre les enfants de 6-11 ans qui sont inoccupés. En effet, notre présence ponctuelle rejoint prioritairement ceux qui ne sont pas inscrits à des activités structurantes (club sportif, accueil de loisirs, etc.).

Les animations de rue servent aussi à construire une relation de confiance. Participer à une activité libre et gratuite n’est pas engageant. En général, l’enfant regarde de loin, puis participe à un jeu puis revient pour un après midi complet. Cette progressivité permet de tisser peu à peu une relation de confiance avec l’équipe d’éducateurs.

Les visites à domicile :

Il est très fréquent que ce soit l’éducateur du Valdocco qui aille le premier à la rencontre des parents et non l’inverse.

A l’occasion d’une sortie, l’éducateur va monter dans les étages pour présenter la proposition et donner les documents d’inscription à une famille. Cette démarche permet un premier lien avec des familles isolées qui aurait sans doute été réticente à ouvrir leur porte à un travailleur social. La répétition (+/- mensuel) de ces rencontres permet progressivement de nouer une relation de confiance réciproque qui permet d’engager un travail d’accompagnement éducatif cohérent et concerté entre parent et éducateur du Valdocco.

Une présence sociale :

En plus des temps où l’équipe va au devant du public, nous nous donnons les moyens d’être interpellés. Aussi plusieurs fois par mois, un binôme prend le temps de faire le tour du quartier : c’est ce que nous nommons la présence sociale. Il ne s’agit pas tant de voir que d’être vu. Ainsi à des horaires variés, où le public est disponible, nous allons à la rencontre des personnes présentes : une maman qui rentre de l’école, un enfant qui nous voit depuis sa fenêtre, un papa qui rentre des courses, des grands jeunes qui tiennent les murs, etc.

L’aller vers est-il une réponse au déficit de mobilité et aux problèmes d’accessibilité ?

Oui, ces outils d’aller vers sont au service d’une posture vis-à-vis du public. Leur objectif est de répondre à la faible mobilité physique, affective et psychologique de certaines familles : pour interpeller une structure inconnue, faire les démarches pour inscrire son enfant, rassembler les documents nécessaires à la mise en place d’un droit social. Notre posture est donc de se rendre accessible, sans stigmatiser. Cet aspect de notre travail est peu visible, mais c’est bien le terreau qui nous permet de développer les actions éducatives que nous menons et pour lesquels nous sommes soutenus.

Au Valdocco Grand Lyon, ce sont une centaine d’animations de rue et 132 familles avec lesquelles nous sommes en contact.

Plus d’informations ? Voir l’article d’Emmanuel Besnard https://www.levaldocco.fr/animations-de-rue-et-accessibilite-sociale/

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